Parlons aujourd’hui de la question du Pseudonyme ; on avait déjà abordé le sujet ici mais je vous en avais promis plus.

Le pseudonyme doit, selon moi, remplir certaines fonctions essentielles :

  • L’identification quasi instantanée.
  • La construction d’une identité numérique.
  • La stimulation de l’imaginaire des “autres”.


Le choix d’Harry Tuttle permet une identification simple et efficace, puisque je n’ai pas besoin, pour m’inscrire sur différents sites, d’ajouter mon code postal, mon âge ou la taille de ma bite à la fin du pseudo pour créer un compte. Tout au plus, je passe en mode 1337 (prononcer leet) en remplaçant le “e” par un “3″, et le tour est joué.

Le fait d’avoir retenu un personnage de fiction m’évite d’avoir à faire du story telling autour de mon pseudo (le background étant préexistant), comme ioudgine qui doit finir par être lassée d’expliquer que son pseudo c’est Eugène en anglais phonétique (même si je trouve son choix, guidé par la recherche d’un référencement sans équivoque, assez judicieux).


Pour ce qui est de la construction d’une identité numérique, la première chose positive avec mon pseudonyme est que mes homonymes ne me font pas honte :

Sur Le Post : cet homopseudonyme  écrit des articles que j’aimerais avoir écrits, qui font preuve d’un engagement citoyen proche de mes sensibilités, au point que la confusion entre nous me semblerait flatteuse.

Sur Dailymotion : encore une fois, une bonne contribution.

Sur Facebook : Harry Tuttle est italien… et il y a même une fan page.


Mais cette identité numérique est dans mon cas construite, avant tout, sur le symbolisme du personnage de fiction :

HARRY TUTTLE

Dans le monde totalitaire de Brazil, Archibald Tuttle est un plombier chauffagiste dissident (« plombier vengeur ») qui intervient illégalement chez les gens pour réparer leurs climatisations. Ses amis l’appellent simplement Harry. Il fait irruption chez Sam Lowry, le personnage central du film, armé d’un pistolet, dans le but de lui réparer son climatiseur défectueux.

Il donne plus l’image d’un agent du RAID que celle habituelle d’un plombier, du fait de ses vêtements et de sa cagoule noire. Selon le Service des recoupements Archibald Tuttle est un subversif indépendant. Les Services centraux, chargés officiellement de la réparation des systèmes de climatisation, cherchent à le piéger, en vain.

La spécialité de Harry Tuttle est la “réparation illégale”, concept que je rapproche de la désobéissance civique (civil desobedience dans la langue des Monty Pythons), puisqu’elle consiste à faire une action jugée illégale par le gouvernement en place, mais manifestement positive selon le sens commun.

The State. Fuck 'em

Dans le film, Tuttle (interprété par De Niro : encore un + pour le choix de ce pseudo) n’intervient que trois fois et, sans être le personnage principal du film en est la pierre angulaire : retirez ce personnage du film et tout devient bancal, voire s’effondre.

C’est tout d’abord lui qui répare la clim de Sam Lowry dans un délai et avec une efficacité imbattables.


C’est encore lui qui va venger Sam Lowry de la misère que l’administration lui fait subir.


Et c’est enfin lui qui mène l’opération commando qui vise à libérer Sam Lowry.


La “mort” de Tuttle à la fin du film est une métaphore puissante ; je vous reproduit ici ce chapitre du wiki du film Brazil :

C’est en se réfugiant dans ses rêves que Sam Lowry fait exploser le Ministère de l’Information. Lui et Tuttle s’éloignent de la pluie de papier qui en résulte, tentant de disparaître à travers la foule. C’est alors que Tuttle est étrangement « attaqué » par le papier émergeant de l’explosion ; factures et formulaires bureaucratiques recouvrent son corps comme pour l’avaler. [...] Quand Sam, ralenti par la foule, tente de porter secours à Tuttle, il ne reste plus rien, si ce n’est qu’une silhouette de papiers rapidement dissipée par le vent. « Tuttle est dévoré par son plus grand ennemi, explique Gilliam. L’archétype du Héros a été défait. Il fait dorénavant partie du délire de Sam, alors que l’univers de ce dernier s’écroule, avalé par la bureaucratie. C’est aussi ce qui reste de nous après notre mort : des papiers… »

Harry Tuttle's true face

Harry disparaît juste après avoir révélé son visage

La force du personnage se reflète aussi dans les références directes ou indirectes qui lui sont faites :

- Dans Splinter Cell Chaos Theory, lors de l’interrogation d’un garde au niveau du ventilateur de l’O.N.U, Sam Fisher se fait passer pour Harry Tuttle.

- Le magazine de cinéma français Brazil (dans lequel je vous conseille de lire la chronique de Tata Hélène) emprunte son nom au film, qui est considéré comme emblématique d’une certaine vision du cinéma.

- Tuttle est aussi le nom d’une comète.


Et si on ne devait retenir qu’une chose :

Harry Tuttle c’est Anonymous avec un nom.