La conférence des avocats du barreau de Paris également appelée la conférence (du stage) est une association d’avocats qui a pour particularité d’organiser un concours d’éloquence : “La Conférence Berryer”.


Les douze Secrétaires de la Conférence, organisent, douze fois par an, une joute oratoire présidée par une personnalité plus ou moins prestigieuse (de Beigbeder ou Abiker, à Sarkozy ou Ovidie), et articulée autours de deux questions à la con (du genre “Faut-il donner sa langue au chatroullette ?”)  servant de prétexte au discours des deux candidats, qui vont se faire dézinguer tour à tour par chacun des secrétaires, eux mêmes contre-critiqués par un ancien secrétaire en toute fin d’exercice, afin de boucler la boucle.

J’ai appris l’existence de ce concours en passant chez Maître Eolas, célèbre avocat au barreau de Paris, et j’ai décidé d’aller voir ce que cette promesse de lol au palais de justice pouvait bien donner. J’ai donc fait partie du peuple de Berryer (terme employé pour désigner le public) à la Berryer de Tomer Sisley, puis j’ai emmené une amie, qu’on appellera la pétasse inconnue, à la Berryer Beigbeder (dont le portrait est retranscrit sur son blog, ça vaut le détour) et dernièrement à la Berryer Abiker.


Fort de ces trois expériences, je préfère vous avertir qu’on ne décide pas d’assister à une Berryer comme on décide d’aller au cinéma, en arrivant dans la salle à la fin des pubs ; il vaut mieux s’y rendre au moins deux heures avant l’heure annoncée (21h), et s’attendre à un retard d’environ une demi-heure, ce qui laisse largement le temps d’admirer les charmes de Thomas Heintz, le quatrième secrétaire (en charge de l’organisation), si vous êtes une femme, ou de contempler le plafond si vous portez plus d’intérêt aux ors de la république qu’à la plastique de jeunes avocats.

(la dernière berryer ne s’est pas faite dans la salle habituelle, celle des Criées, mais dans la salle de la 17e chambre du tribunal)



Le nombre de place est très limité, et le fait qu’environ la moitié de la salle soit réservée (aux parents, aux amis des protagonistes) n’arrange rien à cela. Rien de choquant jusque là, si ce n’est la semi-désertion qui s’opère lorsque ces gens ont entendu ce pour quoi ils étaient venus…

On prendra donc soin de s’équiper de tout le matériel de survie : sandwich, boisson fraiche, consoles portables (évitez d’emmener de la lecture, le brouhaha régnant dans la salle ne laissant aucune place à la concentration).

Si cela ne suffit pas, vous pourrez prêter l’oreille aux conversations du reste du peuple de Berryer qui se compose majoritairement d’étudiants avocats affichant fièrement en ces lieux leurs origines bourgeoises ; extraits choisis :

« En tous cas, moi j’irais pas à Paris 2 »  - ségrégationniste qui doit penser que les universités sont numérotées selon leur reconnaissance et qui a bien retenu la leçon du film “Over the Top” :  « le second, c’est un con ! »

« Celle là c’est vraiment un garage à bites, elle s’est tapé tout Paris 1 » – gossip girl

«Demain j’ai équitation à Vincennes. Tu comprends, Boulogne il faut blindé de recommandations et 5000€ de droit d’entrée, sans compter que ça ne comprends pas les cours, c’est juste l’inscription… »  - la pauvre ; et j’ai vérifié c’est totalement faux, elle avait juste honte d’aller à Vincennes.


Après deux heures de ce cirque, il est bon d’être accompagné, pour pouvoir sortir fumer une clope (et ainsi éviter d’avoir à frapper quelqu’un) sans perdre sa place, la défense de cette dernière étant un sport extrême en ces lieux :

Sur les marches du Palais

                                                       (  )/
                                                        )(/
                                     ________________  ( /)
                                    ()__)____________)))))


Lorsque retentit le cri “PEUPLE DE BERRYER” suivi du nom de l’invité du jour, les choses sérieuses commencent, et il est vrai qu’on ressort de la salle en ayant entendu une profusion de bons mots, en ayant été le témoin de scènes assez hilarantes, et en ayant eu quelques gros éclats de rire. Le divertissement est de qualité.

J’ai tout de même le sentiment d’assister à un spectacle qui s’est déjà déroulé, et qui se déroulera encore, rempli de codes et d’auto-références. Je me demande même si les secrétaires ne se transmettent pas un “guide de la bonne Berryer”, attribuant à chacun des rôles précis, comme celui qui va faire des louanges pour mieux casser sur la fin de sa critique, ou celui qui va incarner un personnage et nous faire une imitation, ou un accent. Dans un autre style, on a la belle plante qui malheureusement n’a pas autant de talent que les autres (et je ne parle pas que de celle de cette promo), peut être pour permettre à la contre-critique finale de mieux briller ?

On pourra me répondre que le les lois de la rhétorique n’ont rien d’un livre secret, et mes critiques sur leurs prestations restent vraiment mineures, en revanche, lorsqu’on s’intéresse à ce qu’il y a derrière le rideau, des critiques plus virulentes semblent légitimes.

Ces critiques proviennent surtout du Cosal (syndicat d’avocats). A lire ici.

J’en reprends celle-ci à mon compte :

« Est-il bien raisonnable de laisser à une seule personne, le 12eme secrétaire, un budget colossal et une carte bleue, sans autre garde-fou que la seule confiance ? » (le budget et son dépassement sont estimés dans les commentaires à 225 000€)

Surtout lorsque l’on sait que la carte de crédit de l’Ordre a été utilisée dans « une célèbre boite de strip-tease de la capitale. »

Ce syndicat a visiblement une mauvaise réputation chez la plupart des avocats, ce qui pourrait tempérer le propos.

Je pense personnellement que tout cela traduit la difficulté qu’éprouve la Justice à réformer la tradition.


Je ne peux pas finir sans vous inciter à lire la critique des agissement de cette caste, exposée dans
ce billet du Cosal, dont je partage totalement les reproches portant sur le budget alloué à ces happy few, et sur l’utilisation qui en est faite.

Berryer Abiker

My two cents.

My 2 cents